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Commune de Kantchari : Le maire Fidèle Ouoba loue les actions de l’association « Les amis de Kantchari »

LEFASO.NET

lundi 24 février 2020

« La solidarité, c’est aider chacun à porter le poids de la vie et à la rendre plus facile », selon Henri-Frédéric Amiel. Ce n’est pas la commune de Kantchari qui dira le contraire. Puisque depuis 1994, cette commune baigne sous les bonnes grâces de la solidarité des amis venus de la France mais aussi de l’Autriche, pour appuyer l’essor du secteur de l’éducation et de la culture. Les réalisations dans ce secteur, pour cette commune, parlent d’elles-mêmes. Pour en savoir plus sur les actions de cette association dénommée « Les amis de Kantchari », nous avons rencontré, vendredi 21 février 2020, le maire de la commune, Fidèle Kanlanfé Ouoba. C’est avec émotion qu’il raconte ce que l’association a fait pour sa commune depuis 1994.

Commune de Kantchari : Le maire Fidèle Ouoba loue les actions de l’association « Les amis de Kantchari »

Lefaso.net : Comment présentez-vous l’association « Les amis de Kantchari » ?

Fidèle Kanlanfé Ouoba : L’association « Les amis de Kantchari » a été créée en 2005 et est basée à Valence en France. Mais la relation entre les membres de cette association et la commune de Kantchari date de 1994. C’était dans le cadre d’un partenariat entre la Fédération des œuvres laïques de Drôme appelée la FOLD. En son temps, cette FOLD avait participé à la construction du lycée départemental de Kantchari à travers l’envoi de jeunes pendant près de trois semaines pour qu’ensemble, avec les ouvriers et jeunes de Kantchari, ils s’aident pour la construction.

C’est ainsi jusqu’en 2005, les membres ont jugé de la nécessité de créer une association pour pouvoir mener plus d’actions au niveau de la commune. Cette association est reconnue comme association d’utilité publique en France et aujourd’hui, on a aussi cette reconnaissance officielle au niveau du Burkina Faso, depuis le 24 janvier 2020.

Comment cette association est-elle arrivée à Kantchari ?

Pour la petite histoire, cette association est arrivée à Kantchari grâce à des ressortissants de Kantchari qui avaient leurs amis au niveau de la France. C’est dans ce cadre que les amis français ont d’abord séjourné à Kantchari, au Burkina Faso, pour voir ce qu’ils pouvaient faire. Au départ, ils ont apporté un soutien avec du matériel de santé accordé au dispensaire et par la suite, ils se sont plus focalisés sur l’éducation et la culture où ils mènent beaucoup plus d’actions.

Quelles sont les réalisations dont la commune a bénéficié depuis 2005, dans le cadre de ce partenariat ?

Comme je le disais, les actions de l’association n’ont pas commencé en 2005. Dans le monde de l’éducation, pour ceux qui connaissent le lycée départemental de Kantchari, c’est un lycée qui comprend environ 25 salles de classes, un laboratoire, une bibliothèque, une salle informatique, des bâtiments administratifs, un complexe sportif aux normes internationales. Toutes ces infrastructures ont été construites dans le cadre de ce partenariat à 80% financé par l’association.

Et cela relève du gros investissement que ces amis ont fait à Kantchari. Mais comme la commune est jeune, c’est donc à partir de la communalisation intégrale qu’elle a commencé à apporter sa contribution qui représente 20% du coût des investissements réalisés dans le cadre du partenariat. En plus de ça, et toujours dans le monde de l’éducation, on a en gros une quinzaine d’écoles primaires de trois classes, des logements pour enseignants, des bâtiments administratifs dans certains collèges de la place, parce qu’il arrive que l’Etat construise des collèges sans prévoir des bâtiments administratifs.

Il y a aussi des équipements en tables-bancs pour ces écoles qu’ils construisent. Au niveau du lycée, nous avons une bibliothèque appelée « Bibliothèque communale », qui comprend autour de 4 000 ouvrages, entièrement financée par l’association. Il y a également les équipements sportifs. Aujourd’hui, ils ont aussi équipé la CEB [Circonscription d’éducation de base] de Kantchari en photocopieuses, et le lycée aussi. Ce sont là les grosses actions dans le secteur de l’éducation.

Dans le monde de la culture, quand on parle de bibliothèque et de sport, nous les classons dans cette catégorie. Il y avait des jeunes qui venaient auparavant, à l’occasion de quoi il y avait des activités culturelles, mais à cause de la situation sécuritaire, cela ne se fait plus.

Comment l’exécution de tous ces projets se fait sur le terrain ?

Sur le terrain, nous travaillons sur la base d’un plan triennal. Nous signons en général un plan triennal, sur lequel nous essayons de faire la planification des activités à mener sur les trois prochaines années. Et maintenant nous signons une convention de cofinancement chaque année, entre la commune et l’association pour la répartition des charges.

Maintenant, après signature de la convention de cofinancement, ensemble, nous décidons parce que là également ils ont ce souci d’avoir des investissements bien réalisés, d’être certains que l’argent qui a été apporté, qui est l’argent du contribuable français, a été utilisé comme il faut. Donc on choisit de commun accord une entreprise qui réalisera l’infrastructure. Aujourd’hui, avec leur représentation qui est sur place ici, elle se charge dorénavant de suivre les travaux. Donc à partir de la France, ils suivent l’état d’avancement de ces travaux et ils effectuent les paiements de façon partielle, directement au niveau de l’entreprise.

En plus de cette convention, il y a des activités qui sont prises en charge de façon extra par l’association, parce que ce sont des activités ponctuelles qui arrivent par moment de façon fortuite. Si je considère en 2018, pour la cantine, ils avaient constaté à un moment donné qu’il était difficile pour nous de pouvoir tenir jusqu’en fin d’année. Donc ils avaient apporté une contribution ponctuelle avec des vivres d’environ 3 millions de F CFA.

Dans le cadre de ce partenariat, est-ce qu’il y a des enfants de familles démunies qui bénéficient de parrainage ou d’autres qui bénéficient de bourses pour poursuivre leurs études ailleurs ?

Les parrainages se faisaient. Mais par la suite, cela a été stoppé parce qu’il y a eu une mauvaise gestion de ce parrainage en matière de bourses. J’ai omis de dire que grâce à cette collaboration, il a été entre temps question de construction d’un centre d’hébergement que nous avions appelé « internat », qui permettait aux jeunes qui n’avaient pas de tuteur à Kantchari, d’avoir un lieu d’hébergement moyennant une contribution annuelle. Et ils prenaient en charge un certain nombre d’enfants, pour lesquels ils payaient l’hébergement. Mais à un moment donné, il y a eu une mauvaise gestion du centre et du même coup un arrêt des parrainages. Ce qui a mis un terme à ce système de parrainage.

Mais il n’y a pas eu d’élèves qui ont bénéficié de bourses pour aller étudier ailleurs. Et nous saluons l’esprit de solidarité qui a prévalu à la suite de cela. Ç’aurait été d’autres personnes, elles se seraient retirées tout simplement de la commune. Mais ils sont restés parce que pour eux, il n’est pas question que les erreurs des parents soient imputables aux enfants et compromettent l’accès à l’éducation pour ces derniers. Mais on a mis un terme au système de parrainage, et nous sommes en train de réfléchir à d’autres formes d’appui.

Quels sont les acquis engrangés dans la commune grâce à ce partenariat en termes de taux de scolarisation, de changement des mentalités, d’habitudes, etc. ?

Je n’ai pas de statistiques à ce niveau, mais ce que je sais, c’est que leur présence a contribué énormément. Moi je fais partie de la deuxième promotion du collège d’enseignement général de Kantchari qui a été ouvert en 89-90. Lorsque nous arrivions en 90 en 6e, nous étions dans un établissement de quatre classes. Et quand ils sont arrivés, ils ont trouvé un autre site plus grand où ils ont investi.

Et aujourd’hui, ce n’est pas pour vanter ma commune, mais elle a le plus grand établissement de la province, d’abord en termes de nombre de classes, mais aussi et surtout en termes de commodités. Les enfants sont initiés depuis la 6e à l’outil informatique et bien d’autres aspects comme la bibliothèque et le complexe sportif. Et aujourd’hui, beaucoup de cadres sont sortis de cet établissement. Donc l’impact est très visible, mais comme je le disais, je ne saurai vous donner des statistiques.

Est-ce que dans le cadre de ce partenariat, il arrive qu’une équipe de la mairie de Kantchari séjourne à l’extérieur pour un partage d’expériences ou une visite quelconque ?

Ça, c’est monnaie courante. Personnellement, je ne peux pas compter le nombre de fois où j’ai été à l’extérieur pour que l’on discute de certaines choses dans le cadre de ce partenariat. Et comme je le disais, il y a beaucoup de perspectives pour ce partenariat. Les membres du bureau de cette association sont des personnes de la soixantaine, donc le plus souvent à la retraite.

Ce n’est pas tous les membres de l’association qui peuvent faire le déplacement. Donc nous sommes souvent obligés de nous déplacer là-bas pour témoigner aussi de ce qui se passe réellement sur le terrain. Une chose est qu’eux, ils viennent, mais c’est bon aussi souvent que les bénéficiaires directs puissent aussi se rendre là-bas.

On sait aussi que la mairie de Kantchari a vécu un moment de querelles intestines. Est-ce que ces querelles n’ont pas impacté ce partenariat ?

Oui, ça c’est sûr qu’il y a eu beaucoup d’effets et des effets néfastes surtout. C’était la délégation spéciale, alors qu’en général les partenaires préfèrent travailler avec les élus, plutôt que des délégations spéciales. Mais ils ont poursuivi quand même leurs actions avec les entreprises avec lesquelles ils avaient travaillaient sur le terrain, jusqu’à notre arrivée où on a renoué le contact avec eux et les relations sont reparties de plus bel. Aujourd’hui nous avons beaucoup de projets en perspectives.

Est-ce qu’aujourd’hui on peut dire que ces querelles internes sont véritablement finies pour que les acteurs et leurs partenaires puissent se pencher véritablement sur le développement de la commune ?

C’est vrai que beaucoup de gens, quand on parle de Kantchari, ils pensent que c’est une commune toujours dans une crise. Je veux rassurer tout le monde qu’à Kantchari, aujourd’hui, tout va très bien. Les problèmes dans la vie, ça peut toujours arriver mais il faut se dire que cela a été un manque de dialogue suite à certaines divergences. Certes, par moments on ne peut pas avoir tout ce qu’on veut mais dans la concertation il y a des compromis.

Donc aujourd’hui, au niveau de Kantchari, les querelles intestines relèvent du passé. Si aujourd’hui ces personnes qui se querellaient peuvent s’asseoir sur la même table, se saluent et se parlent, moi je me dis que les querelles sont maintenant un mauvais souvenir. Et cela est à mettre à l’actif de tous les fils et filles de Kantchari qui ont tout fait pour que des solutions soient trouvées. Et je profite de l’occasion pour leur dire à nouveau merci.

Est-ce que le contexte d’insécurité ne joue pas sur les visites et les investissements de l’association dans la commune ?

L’insécurité a un impact sur ce que nous faisons et cela sur tous les plans. Ce n’est pas seulement dans ce que nous faisons avec les membres de l’association. Parce que nous-mêmes, fils de la commune, aujourd’hui, il y a des endroits où nous ne pouvons pas aller à cause de cette insécurité. Il y avait des investissements qui étaient prévus dans certaines zones et aujourd’hui, tout cela se trouve compromis, les entreprises ne veulent pas y aller, au risque de se faire agresser.

Donc aujourd’hui, nous avons des marchés qui sont en instance parce qu’il y a des zones où les entreprises ne peuvent pas arriver. Nous sommes en train de voir les possibilités de délocalisation et là, ce sont les sessions municipales qui peuvent décider. Maintenant, pour ce qui est des amis de Kantchari, chaque année, ils venaient au Burkina, arrivaient jusqu’à Kantchari pour parcourir les villages et voir ce qu’ils ont réalisé comme infrastructures scolaires.

Et je me rappelle en 2017, nous avions construit une école dans un hameau de cultures. Et quand ils sont arrivés à la rentrée, ils ont vu que dans cette école, pour l’ouverture, au CP1, il y avait plus de 90 élèves. Ils ont fait des photos et vraiment cela les a beaucoup marqués parce que chez eux, c’est tout au plus 25 élèves dans une même classe. Vous comprendrez donc que quand ils arrivent et qu’ils touchent du doigt les réalités sur le terrain, ça les touche et ils ont le courage pour aller de l’avant.

En 2019, ils sont arrivés. On s’est seulement contenté de rester à Ouaga, discuter de nos projets et leur transmettre les images, les vidéos et tout ce qui est information. Ça ne suffit pas. Moi j’aurais souhaité que les amis de Kantchari aillent sur le terrain comme on le faisait de par le passé où ils y restaient avec les populations pendant plus d’une semaine. Et cela n’est plus possible à cause de cette situation d’insécurité.

Est-ce qu’il y a des domaines où vous auriez souhaité plus d’appui que l’éducation et la culture ?

C’est vrai qu’on a d’autres domaines de priorité, notamment la santé et l’eau. Mais nous avons investi pendant beaucoup d’années dans le domaine de l’éducation et c’est le meilleur domaine pour nous.

Quelles sont les perspectives dans le cadre de ce partenariat ?

Plan de masse du futur collège lycée d’enseignement technique et professionnel

Avec cette association, nous avons mené la réflexion ensemble et nous avons abouti au fait que beaucoup de choses ont été faites et on pensait à mettre en place une commission qui allait réfléchir sur une vision prospective. Quelle sera l’éducation au niveau de Kantchari dans les dix années à venir et à en tenir compte dans nos actions. Deuxièmement, nous avons, depuis 2018, réfléchi à aller vers l’enseignement technique.

Aujourd’hui, dans la région de l’Est, il n’y a que la ville de Fada qui a des écoles techniques. Or, nous avons des jeunes aujourd’hui qui peuvent se spécialiser dans un domaine bien précis et s’installer à leur propre compte. C’est ainsi que nous avons initié la construction d’un lycée technique. On a pu, grâce aux populations de Kantchari, avoir un terrain de six hectares, on a fait avec les amis de Kantchari le devis estimatif. Sans les équipements, c’est un projet de plus de 350 millions de F CFA.

Courant février-mars, les travaux vont démarrer pour qu’à partir de la rentrée prochaine, nous ayons déjà les premières classes de 6e en génie construction bâtiment et en génie civil dessin bâtiment. Nous allons aussi ouvrir une première année BEP comptabilité pour ceux qui auront le BEPC. Donc nous allons démarrer et aller progressivement, avec l’aide du MENAPLN et l’accompagnement de la Direction générale de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

On a aussi pensé à un partage d’expériences. Chaque année, nous organisons les prix de l’excellence et dans le cadre de cet évènement, nous sommes en train de voir si l’on peut instituer des bourses pour que les meilleurs puissent aller là-bas pour voir aussi ce qui se passe avant de revenir et cultiver ainsi l’esprit de l’excellence au sein des enfants qui voudront s’arracher un billet d’avion pour voyager à l’extérieur. Et c’est aussi une façon pour nous de montrer aux enfants que cette question d’immigration n’est pas la solution.

Parce que les gens pensent qu’ailleurs, il n’y a pas de pauvres, de mendiants, que la vie est rose là-bas. Mais lorsqu’on y va, on constate ce qui se vie là-bas, on comprend qu’il n’y a rien de tel que de rester chez soi et valoriser ce que l’on possède. Et enfin, comme leur venue est devenue difficile avec la situation d’insécurité, pour assurer la continuité des actions, on était obligé l’année dernière de demander aussi la reconnaissance de l’association ici au Burkina. Donc, avec ça, nous avons des représentants résidents qui peuvent défendre les intérêts de l’association et ces derniers sont les yeux et les oreilles de l’association désormais.

Qu’est-ce qu’en retour, l’association gagne de ce partenariat ?

Ce que les amis de Kantchari retirent comme gain de ce partenariat, moi je dirai tout simplement c’est la joie de savoir que grâce à leur œuvre, ils arrivent à contribuer à l’éducation de ces enfants qui, n’eut été cela, n’allaient pas avoir la chance d’aller à l’école. Donc je dirai que c’est vraiment la joie de pouvoir contribuer au développement de cette commune qu’ils ont comme satisfaction.

Je vais vous avouer une chose : lorsqu’il y a eu les attaques et les premières écoles fermées, j’étais tellement découragé et je leur ai envoyé un mail. Ils m’ont dit :« Monsieur le maire, ce n’est pas maintenant que nous allons vous lâcher. La réussite de ces enfants nous tient beaucoup à cœur et c’est maintenant plus que jamais que nous devons vous soutenir dans cette marche vers l’éducation des enfants de la commune ». J’étais totalement dépassé par cette déclaration et ça se dessine clairement que c’est la joie de pouvoir contribuer à l’éducation de ces enfants qui les préoccupe vraiment.

Propos recueillis par Etienne Lankoandé
Lefaso.net

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